Du coté de la France…
Issues de la République des Jeunes, les MJC se fondent en fédération en 1948. Son projet s’inscrit dans l’affirmation d’une démocratie républicaine retrouvée suite aux années noires de la collaboration. Toutefois, l’histoire des MJC commence avant la Libération avec u La Mouffe n dès le début du XXème siècle, la 1ère maison installée rue Mouffetard à Paris, Cette proto-MJC – qui n’en portait pas le nom – accueillait en son sein des activités culturelles à visée émancipatrices. Dans le sillage du catholicisme social, la Mouffe prônait » l’éveil démocratique »…
Suite à la débâcle en 1940, le gouvernement de Vichy instaure une politique d’encadrement de la jeunesse. A l’aide de son Secrétariat général à la jeunesse, le gouvernement collaborationniste articule son projet autour des chantiers de jeunesse, des écoles de cadres d’Uriage et des maisons des jeunes dont sont issus Joffre Dumazedier – qui fonde par Ia suite Peuple & Culture – ou Maurice Rouchy pour les Céméa. L’organisation vichyste est détournée et sert de base pour la création de mouvements d’éducation populaire : les maisons de jeunes ont une vie du jour officielle – application de la politique de Vichy – et une vie de la nuit clandestine – accueil des jeunes réfractaires au STO. Elles prennent de plus en plus de distance avec Vichy et se fondent en association dès 1943 avec l’Association Nationale des Maisons des Jeunes.
Le 27 septembre 1944, André Philip dépose les statuts de l’association fédératives des foyers, cercles et maisons de la jeunesse de France dite « la République des Jeunes » dont il devient président. La République des Jeunes regroupe une myriade de mouvements de jeunesse, des organisations syndicales et des mouvements de résistance et elle a pour objectif de développer des maisons des jeunes sur l’ensemble du territoire.
Jean Guéhenno, directeur de la culture populaire et des mouvements de jeunesse au sein du gouvernement provisoire présente les missions en ces mots : « Nous voudrions qu’après quelques années, une maison d’école au moins dans chaque ville ou village soit devenue une maison de la culture, une maison de la jeune France, un foyer de la nation, de quelque nom qu’on désire la nommer, où les hommes ne cesseraient plus d’aller, sûrs dy trouver un cinéma, des spectacles, une bibliothèque, des journaux, des revues, des livres, de la joie et de la lumière. Cette maison serait en même temps une maison des jeunes. »
En 1948, la République des Jeunes est rebaptisée Fédération Française des Maisons des Jeunes et de la Culture (FFMJC). Elle est la principale fédération d’éducation populaire du pays et celle sur laquelle le pouvoir gaulliste s’appuie. En réponse au phénomène, dit des « blousons noirs », le Haut-commissaire à la Jeunesse, Maurice Herzog, préconise aux maires de créer des maisons des jeunes pour faire cesser les violence urbaine commise par des jeunes inoccupés. Le développement des MJC se fait avec le soutien d’un Etat planificateur. En une décennie, le nombre de MJC passe de 250 à plus de 1200.
Suite à la participation aux mobilisations sociales de 1968, les MJC et la FFMJC deviennent la cible du gouvernement. François Misoffe et Joseph Comiti, secrétaires d’Etat à la jeunesse de l’époque soupçonnent d’être trop proches du Parti Communiste. Cette situation suscite une contestation au sein de la FFMJC qui conduit à la 1ère scission et la création de l’Union des fédérations régionales de MJC (UNIREG) en 1969. Contre l’avis du gouvernement, la FFMJC défend la dimension nationale du projet des MJC et son principe de cogestion tandis que I’UNIREG prône l’autonomie des fédérations régionales. A la fin des années 80, une nouvelle scission se produit au sein de la FFMJC avec la création de I’AREGES qui fusionne avec I’UNIREG en 1995 pour constituer la Confédération des MJC de France (CMJCF).
Malgré les scissions, les MJC conservent des projets éducatifs similaires et le rêve d’une action globale à visée de transformation sociale. Entre la diffusion culturelle, les pratiques artistiques en amateur, l’animation jeunesse ou l’accompagnement social, les MJC s’attachent à être présentes pour répondre aux besoins des habitants de leurs territoires d’implantation.
En prise avec des difficultés économiques, la FFMJC est liquidée en 2020. Le processus de convergence avec la CMJCF aboutit en 2022 pour réunir à nouveau l’ensemble des MJC dans une maison commune : MJC de France.
Du coté de l’Ile-de-France
L’épreuve de force avec l’État en 1969 et ses conséquences en Île-de-France
En 1969, la FFMJC s’est trouvée en conflit avec le nouveau ministre de la jeunesse et des sports, Joseph Comiti, qui considérait qu’elle était devenue un État dans l’État, aux mains d’un syndicat de directeurs de structures très politisé et hostile au gouvernement en place. Le ministre exigeait le retrait des directeurs des instances fédérales et la régionalisation de la FFMJC, rejoignant en cela des demandes internes. Le conflit s’est résolu par la dissidence de son délégué général et de nombre de délégués régionaux, à l’origine de la création de l’UNIREG (Union des fédérations régionales des maisons des jeunes et de la culture). La fédération régionale d’Île-de-France, constituée en entité propre dans ce contexte de régionalisation, héritait dès l’origine d’une forte culture d’autonomie et d’ancrage territorial.
La scission de 1992 et la naissance de l’AREGES en Île-de-France
En 1987, la FFMJC, en proie à des difficultés financières, subissait une nouvelle opposition interne. Parmi les cinq fédérations régionales qui souhaitaient abandonner la gestion centralisée du personnel, la fédération d’Île-de-France figurait en première ligne. Ces fédérations firent scission cinq ans plus tard, en 1992, en créant l’AREGES-MJC. Puis, avec la fédération Picardie, elles rejoignirent l’UNIREG pour constituer la Confédération des MJC de France (CMJCF). La fédération francilienne portait ainsi, dès ses premières années d’existence autonome, une ambition de renouveau des pratiques fédérales et d’émancipation vis-à-vis d’un modèle centralisateur jugé dépassé.
2013–2024 : de la FRMJC-IdF à la liquidation
En 2013, le réseau régional des MJC en Île-de-France prit un nouveau nom et devint la FRMJC-IdF, affirmant ainsi son identité régionale dans le paysage du mouvement MJC. Cependant, des difficultés structurelles liées à son modèle socio-économique s’accumulaient depuis plus d’une décennie. Une première étape critique avait vu la vente du siège fédéral en 2014, suivie d’un premier redressement judiciaire en 2017. Les termes de ce redressement furent scrupuleusement respectés jusqu’à l’été 2024, date à laquelle l’échéance de remboursement de la dette ne put être honorée, la priorité ayant été donnée au paiement des salaires.
Par décision du 24 octobre 2024, il fut prononcé la résolution du plan de redressement de la FRMJC-IdF et l’ouverture d’une procédure de liquidation judiciaire, assortie d’une poursuite d’activité de trois mois. Par une décision du 19 décembre 2024, le tribunal décida également du transfert de la gestion d’une partie des Centres Paris Anim’ (Goscinny, Oudiné et Simon Le Franc) et de l’arrêt de l’activité restante.
Cette étape marque la fin de plus de 50 ans d’histoire d’une fédération au service de l’éducation populaire et des Maisons des Jeunes et de la Culture en Île-de-France. Cette dernière péripétie est à la fois un déchirement et un soulagement. Un déchirement, car il est douloureux de tourner la page sur un demi-siècle d’animation de réseau, de plaidoyer et de formation de bénévoles et de professionnels. Un soulagement aussi, car les trois dernières années avaient été extrêmement difficiles pour l’équipe du siège et pour les bénévoles des instances, mobilisant l’essentiel de l’énergie de la délégation régionale autour des inquiétudes des salariés, des difficultés de trésorerie et des négociations diverses.
Si cette tête de réseau disparaît, la volonté de travailler ensemble devait néanmoins perdurer. Il appartenait désormais aux MJC franciliennes de prendre la mesure de ce qu’il restait à accomplir.
2025 : la naissance du RMJC-AEP-IdF
Refusant le fatalisme de la disparition de la FRMJC-IdF, des MJC et associations d’éducation populaire d’Île-de-France se réunirent dès le début de l’année 2025 pour créer un nouveau réseau : le Réseau des MJC et des Associations d’Éducation Populaire d’Île-de-France (RMJC-AEP-IdF). Cette démarche collective portait la conviction que le projet MJC n’est ni mort ni dépassé, mais au contraire plus nécessaire que jamais face aux crises sociétales contemporaines. Héritier de plus de cinquante ans d’histoire du mouvement MJC en Île-de-France, le RMJC-AEP-IdF se construit sur les valeurs fondatrices de l’éducation populaire, avec la volonté de les faire vivre sous des formes renouvelées, au plus près des territoires et de leurs habitant·es.
