
Il y a des enregistrements qui disent mieux que nos rapports d’activité ce que produisent nos maisons. Le deuxième épisode du podcast de la MJC et du FJT (Foyers de Jeunes Travailleurs) des Hauts de Belleville, à Paris, en fait partie. Cinquante-trois minutes, un micro posé au milieu d’une salle, six jeunes qui racontent ce qu’ils et elles ont fabriqué dans le lieu.
C’est la captation de la table ronde « La confiance en la jeunesse au cœur de la démocratie », enregistrée le 25 avril dernier pendant Les Jeunes Naissent, le festival des initiatives portées par les jeunes organisé par la maison, de 17 h à minuit : défilé de mode, film, débat, stands, friperie, exposition et concerts.
Je l’ai écouté en me disant que je connaissais le genre. La structure valorise son action, les jeunes disent merci, tout le monde est content. Ce n’est pas ce qui se passe.
Six jeunes, six projets
Il y a Youssef, musicien connu sous le nom de Youssef Undercover, qui a créé un festival portant ce nom de scène et a décidé de ne pas y jouer, parce que ce n’était pas le but. Sina, comédienne en résidence depuis deux ans, qui a écrit là son spectacle avant de le jouer à Avignon. Anaïs, revenue d’un an de volontariat écologique en Allemagne. Andrea, qui a coorganisé deux soirées solidaires à prix libre quand plus aucun lieu ne voulait les accueillir. Tézia, résidente du foyer, qui a organisé un débat avec les candidates et les candidats aux municipales alors qu’elle se croyait sans légitimité pour le faire.

Ne pas avoir à prouver son idée
Youssef, justement, reprend le titre du festival à son compte : une partie de lui, dit-il, est née ici. Et une même phrase revient, sous des formes différentes, dans presque toutes les bouches. Youssef encore : « Lorsqu’on a une idée, on n’a pas besoin de prouver notre idée, de prouver l’efficacité, de prouver le profit. » Sina, qui vient du spectacle vivant et connaît les dossiers : « Je n’ai pas eu à prouver quelque chose, ce qu’on me demande dans n’importe quel autre endroit. »
Ce qu’elles et ils décrivent là, ce n’est pas un service rendu. C’est une absence, celle de la condition d’entrée. Nous appelons ça l’accueil inconditionnel, l’éducation populaire, le droit à l’erreur. Elles et ils le formulent sans vocabulaire professionnel, et c’est bien plus convaincant.


Ce que ça change
Le moment qui m’a le plus arrêté vient d’Andrea. Avant ces soirées, dit-elle, envoyer un mail la terrifiait. Elle s’est retrouvée à coordonner une équipe, à improviser, à se tromper aussi. Sa conclusion : « Maintenant, même quand je dois envoyer un mail, je suis un peu moins paniquée. » Voilà le résultat, mesuré à l’échelle où il se mesure vraiment. Aucun indicateur de nos bilans ne sait dire cela.
C’est pour ça que ces cinquante-trois minutes valent d’être écoutées en équipe, puis discutées. Elles nous rappellent ce que nous produisons réellement, et à quel endroit ça se joue.
Podcast enregistré et monté par Léna Chavan. MJC Les Hauts de Belleville, 43 rue du Borrégo, Paris 20e.



